La Banque de France assombrit ses prévisions pour 2023

L’automne s’annonce particulièrement maussade. Sur le plan économique, l’enlisement de la guerre en Ukraine sept mois après le début du conflit a sérieusement assombri l’horizon économique. En Europe, le risque de récession s’accentue dans les pays les plus dépendants du pétrole et du gaz russes. Le moteur économique allemand de la zone euro s’enfonce inexorablement vers une baisse du PIB dans les semaines à venir. Après deux longues années de pandémie, l’économie allemande se prépare à un hiver très douloureux. La France ne devrait pas faire exception. Dans ses dernières prévisions économiques dévoilées jeudi 15 septembre, la Banque de France a révisé à la baisse son chiffre de croissance du PIB 2023 à 0,5 % dans le scénario central contre 1,7 % en juin dernier.

L’Allemagne entre directement en récession début 2023

En revanche, l’institution bancaire a révisé à la hausse la croissance du PIB pour 2022 à 2,6% contre 2,3% au début de l’été. Concernant l’année 2023, les prévisionnistes n’ont pas exclu le scénario noir d’une récession dans leur fourchette de prévision comprise entre 0,8% et -0,5%. L’année 2023 est pleine d’incertitudes liées à la guerre en Ukraine. Compte tenu de ces incertitudes, nous avons choisi de présenter une gamme […] Nous n’excluons pas une récession limitée et temporaire en 2023 », a déclaré le directeur des études Olivier Garnier lors d’un point de presse. Pour le gouvernement, cette détérioration des anticipations compliquera sérieusement l’équation budgétaire. Il y a quelques jours à peine, l’exécutif expliquait qu’il tablait sur une croissance du PIB de 1% dans la loi de finances 2023. Ce chiffre, que de nombreux économistes jugent “optimiste”, pourrait être rapidement revu à la baisse.

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Anticiper le pic d’inflation début 2023

La crise du gaz a poussé l’indice des prix à la consommation à un sommet ces dernières semaines. Une coupure complète de l’approvisionnement en gaz russe pourrait à nouveau faire grimper l’inflation cet hiver, car la demande des ménages et des entreprises devrait se redresser. Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a mis en garde contre cela “Décembre, janvier et février vont être des mois difficiles.” Lors d’une rencontre avec des journalistes mardi dernier.

Après un pic potentiel de 5,8 % en moyenne annuelle en 2022, l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH, qui permet des comparaisons européennes) pourrait s’établir à 4,7 % en 2023 et 2,7 % en 2024. Là encore, voir la Banque Centrale à son plus haut chiffres pour l’année prochaine. Il était basé sur une inflation de 3,4 %. La baisse du bouclier tarifaire de la Première ministre Elizabeth Bourne annoncée en 2023 menace d’alourdir la facture des ménages et des entreprises. De plus, l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire l’indicateur qui exclut les prix les plus volatils comme l’énergie et l’alimentation, devrait rester élevée en 2022 à 3,7 % et en 2023 à 3,8 %.

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Pouvoir d’achat en berne

L’inflation devrait encore éroder le pouvoir d’achat des Français cet hiver au moment où la consommation d’énergie augmentera. Selon les tableaux de la Banque de France, le pouvoir d’achat par habitant devrait diminuer de 0,5 % en 2022 et pourrait reculer en 2023 (0 %). Malgré toutes les aides gouvernementales (remise sur le carburant, bouclier des prix, primes, revalorisation des minima), de nombreux Français sont contraints de se serrer la ceinture, notamment compte tenu du découplage des salaires de l’inflation depuis le début des années 1980.

Cette baisse de la demande est censée avoir des conséquences désastreuses sur les carnets de commandes des entreprises. Dans le même temps, le resserrement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) risque de porter un coup sévère à l’économie française, déjà affectée par de fortes tensions.

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Des taux de chômage élevés

L’objectif de plein emploi qu’Emmanuel Macron s’est fixé pendant la campagne présidentielle risque d’être difficile à atteindre. Ayant atteint 7,3% en 2022, le taux de chômage tel que fixé par le Bureau International du Travail (BIT) pourrait atteindre 7,6% en 2023 et 8,1% en 2024. Le rythme de l’emploi devrait accélérer dans les mois compte tenu de la dégradation des perspectives. Dans de nombreux secteurs, des coûts de production plus élevés associés à des prix de l’énergie plus élevés peuvent affecter l’activité et les besoins en main-d’œuvre.

Un grand nombre de secteurs ont bénéficié de la reprise post-coronavirus après le krach brutal de 2020, mais la guerre en Ukraine a complètement rebattu les cartes sur le front du marché du travail. L’effet “rattrapage” de l’économie française encore visible en ce début d’année 2022 pourrait s’estomper rapidement dans les prochaines semaines.

Des attentes entourées d’incertitude

L’accumulation des crises continue d’étourdir les économistes. Entre la pandémie, la guerre en Ukraine et la crise énergétique, les instituts de prévision ont de plus en plus de mal à construire un scénario de référence à deux ans. Dans ce contexte agité, la trajectoire de croissance fixée par la Banque de France dépendra en grande partie de facteurs géopolitiques et de l’ampleur des chocs sur les marchés de l’énergie. La fourchette basse, c’est-à-dire le scénario d’une récession de la Banque de France, correspondra à une hausse des prix du gaz associée à de sérieuses difficultés d’approvisionnement et à une faible marge de manœuvre des alternatives énergétiques russes.

Les prévisionnistes ont également pris en compte les problèmes structurels du parc nucléaire français qui pourraient survenir État des lieux de la production d’électricité au premier trimestre 2023. Mécaniquement, cela aurait des répercussions négatives sur l’apport d’énergie en cas d’hiver rigoureux. Enfin, la Banque de France note que tous ces chocs peuvent affecter le comportement de consommation et d’investissement des ménages et des entreprises. En revanche, dans un scénario plus favorable, les économistes tablent sur une croissance de 0,8% en raison du ralentissement des prix de l’énergie. Même dans cette hypothèse plus optimiste, la croissance sera loin d’être sur la bonne voie en 2021.