Le ciel algérien prend de l’ampleur après deux ans de fermeture

Après une longue attente, le ciel d’Algérie s’est enfin rouvert. Petit à petit mais sûrement. Et cet été, le flux de passagers a pu retraverser la Méditerranée entre la France et l’Algérie pour la première fois depuis 2019. Si les restrictions se poursuivent, les restrictions sur les droits de passage pourraient prendre fin dans les prochaines semaines. Air Algérie, Air France, Transavia, ISL France et d’autres s’apprêtent déjà à s’équiper pour cet hiver de grands programmes pour s’affirmer sur ce marché qui accueillait près de 5 millions de passagers par an avant la crise. Un total qui le place à la troisième place des marchés internationaux (hors Europe) de la France, après les Etats-Unis et le Maroc.

Réouverture à petits pas

Les autorités algériennes seront parmi les plus prudentes dans la réouverture de ses frontières aux voyageurs aériens. ” C’est l’un des derniers pays de la région Europe-Méditerranée à rester fermé avec des restrictions aussi sévères. analyse Nicholas Henin, directeur général adjoint de Transavia France en charge des ventes et du marketing.

Bien que les vols réguliers aient repris en juin 2021, ce n’était qu’à un niveau très bas avec la création d’un régime dérogatoire à l’accord bilatéral sur les droits de passage entre les deux pays. Olivier Piette, directeur du programme d’Air France, signale ainsi que sa compagnie n’opérait que 12 fréquences hebdomadaires entre janvier et mars 2022, parfois avec des Boeing 777 en version densifiée de 472 sièges à la place des traditionrenels Air 320 la demande. Alger relève la barre depuis le printemps 2022, avec plusieurs phases progressives souvent sans préavis.

Et bien que l’activité ait sensiblement repris cet été, le retour au statut nominal tel que stipulé dans l’accord bilatéral est loin d’être terminé. Cependant, des négociations sont en cours entre la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) côté français et la Direction de l’aviation civile et de la météorologie (DACM, bientôt remplacée par l’Agence nationale de l’aviation civile) côté algérien. Un résultat est attendu début octobre, mais les acteurs restent prudents.

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Air Algérie, leader du marché

Air Algérie a été la première à bénéficier de cette ouverture avec 90% des droits de passage côté algérien (soit 45% du total) contre 10% pour Tassili Airlines. Zuhair Huawei, p.Représenter Général de France-Nord air Algérie, indique que la compagnie aérienne nationale a pu opérer jusqu’à 60% de son programme régulier cet été, soit 171 vols par semaine. Ainsi, il revendique un taux d’occupation de 82% entre juin et août, culminant à 99% au début de l’été en direction de la France et de l’Algérie, et à partir du 15 août en direction d’Alger et de la France. Environ 280 000 passagers sont passés dans un sens puis dans l’autre durant cette période.

Du côté français, le réseau est en outre réparti entre les différentes compagnies en fonction de leurs droits de trafic respectifs. Air France et Transavia détiennent chacune environ un tiers des droits français, ASL Airlines France 22%, tandis que le reste est partagé par Vueling et Volotea. Selon les données du Guide Officiel de l’Aviation (OAG), la répartition des ravitaillements cet été est quelque peu sortie de ce cadre au profit d’Air Algérie et d’Air France, peut-être grâce à l’entrée des gros-porteurs.

Traditionnellement, Air France se positionne entre les deux capitales, mais la restitution d’une partie des droits de passage à Aigle Azur, après la faillite de cette dernière, lui a permis d’ouvrir des lignes depuis la province. Avec la levée progressive des restrictions, elle est ainsi revenue à son niveau historique, à l’exception du pic estival, avec 48 vols hebdomadaires, et a même réussi à profiter de trois semaines sur 58 vols, restaurant ainsi la flexibilité traditionnellement accordée en juillet. et août pour faire face au pic. Trafic très encombré. Cependant, cela est moins important qu’il ne l’était avant la crise, et la compagnie a saisi toutes les occasions d’adapter les Boeing 777 pour répondre à l’importance de la demande. Olivier Peet espère tout retrouver à l’été 2023 pour ajouter plus de vols.

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Enfin Transavia et Air France ont commencé

Pour Transavia et ASL Airlines France, cet été a presque été comme un baptême du feu. La fréquentation était très faible en Algérie avant la crise, et tous deux ont repris une partie des créneaux d’Aigle Azur avec l’objectif de se développer fortement dans le pays. Mais avec le début de la crise sanitaire et les restrictions très importantes imposées par les autorités algériennes, ils n’ont jamais eu la chance.

Si Air France occupe Roissy, alors Transavia s’étend depuis Orly et ses bases régionales, à commencer par Nantes et Lyon. Cette répartition s’est faite tout naturellement selon Olivier Peet, en fonction de la faisabilité opérationnelle des vols par chaque compagnie. ” Nous avons vraiment ressenti cette pression de la demande lorsque les vols étaient restreints. Elle a réussi à s’exprimer cet été avec un programme devenu presque une émission iconique Nicolas Henein se réjouit.

Ainsi, Transavia France a pu publier cet été 57 vols par semaine sur 11 lignes, sur les 68 lignes autorisées par l’accord bilatéral en temps normal. La compagnie a annoncé avoir transporté plus de 100 000 passagers sur une période de deux mois, dont les deux tiers en août avec l’augmentation progressive de la capacité. Au regard de la composition des flux, le taux d’occupation moyen est relativement faible entre 70 et 75%, mais comme Air Algérie, Transavia a connu des pics à plus de 95% à l’aller en juillet.

Pour ASL Airlines France, le rachat de ses créneaux est une aubaine : la compagnie, dont une grande partie est basée sur le fret, a décidé de baser l’essentiel de son offre habituelle aux voyageurs vers l’Algérie.Un investissement solide. ” Avec le Covid, nous avons revu notre stratégie de développement et nous concentrons désormais davantage sur ce type de marché. », détaille son PDG, Jean-François Dominiac. Les premiers résultats sont encourageants depuis Paris et la province.

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L’hiver s’annonce chargé

L’offre devra encore être augmentée durant la saison d’hiver si l’ouverture des droits de passage est confirmée. Toutes les grandes compagnies ont déjà annoncé le renforcement de leurs programmes, comme ASL Airlines France et Jean-François Dominiak : « Nous avons lancé cet hiver un programme beaucoup plus important que l’an dernier. En conséquence, la compagnie prévoit de porter le nombre de vols à 38 vols par semaine et d’augmenter leur fréquence, en attendant l’ouverture complète des droits de trafic. Il reste toutefois prudent, rappelant que la crise sanitaire est très récente et que le comportement des passagers reste incertain.

Nicholas Henin espère également revenir à l’accord bilatéral afin de pouvoir augmenter les vols à 68 vols hebdomadaires et 13 liaisons cet automne. Mais surtout, il souhaite pouvoir enfin stabiliser son offre afin de faire remonter le taux d’occupation moyen. Il estime qu’en agissant ainsi il peut gagner une dizaine de points pour atteindre les niveaux du reste du réseau, autour de 80 à 85%.

De son côté, Zuhair Huawei indique qu’Air Algérie aspire à reprendre une activité similaire à celle de 2019 à partir d’octobre. En tout cas, il confirme que sa compagnie est prête à poursuivre cette ascension pour atteindre 230 à 240 vols hebdomadaires cet hiver, grâce à l’ouverture de trois nouvelles destinations en France et à la politique tarifaire » très agressif », lors du développement de son centre à Alger. Son ambition est de desservir le Moyen-Orient et surtout l’Afrique, d’abord depuis l’Ouest avant de se diriger vers l’Est.

Longtemps contrainte sur sa forte dynamique, la demande devrait se poursuivre tout au long de la saison hivernale jusqu’à l’été prochain. C’est ainsi que le représentant général d’Air Algérie France-Nord parle de la Folie et affiche ses ambitions : ” Pour l’hiver 2022, nous pouvons nous attendre à une amélioration de 20 à 30 % par rapport à ce que nous avons réalisé à l’été 2022. Ce sera un développement très important. Le marché français représente généralement 50 à 60 % de notre activité internationale. »

Olivier Peet est enfin devenu plus modéré, et estime que la demande suspendue, si forte cet été après deux ans de restrictions, va progressivement diminuer et que l’offre restera stable : ” Il faut normaliser la situation cet hiver, avec le retour de l’équilibre entre l’offre et la demande. »

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Trafic toute l’année

Les périodes de pointe devraient se produire naturellement pendant les périodes de vacances scolaires. C’est le cas en été, mais aussi le reste de l’année. Cependant, selon l’analyse de Nicholas Henin, ” Comme le Maroc, la Tunisie ou Israël, ce sont des marchés moins saisonniers que des destinations purement touristiques. Ce sont les lignes qui peuvent vivre tout l’hiver Cela rend le marché plus intéressant pour une entreprise comme Transavia, dont l’activité chute fortement pendant la saison hivernale.

En effet, le marché franco-algérien est majoritairement affinitaire, avec une dimension familiale très marquée et souvent plusieurs allers-retours par an. Malgré la volonté de l’Algérie de développer son parc hôtelier, la part des activités de loisirs reste encore très faible par rapport à ce que l’on peut faire au Maroc, un marché également affinitaire mais où la libéralisation du trafic a facilité l’émergence du tourisme.

Les vacances d’Halloween s’annoncent déjà de bon augure et les festivités de fin d’année offrent des perspectives, même si les résolutions sont encore plus tardives qu’elles ne l’étaient avant la crise. ” Nous ne sommes pas encore revenus à la normale. explique Olivier Peet. On est toujours au milieu de ce qui rend la gestion compliquée : quand on constate des retards de réservations, difficile de dire si c’est parce que le comportement des voyageurs est toujours différent ou si la demande est vraiment plus faible. »

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Le trafic des entreprises reste à reconstruire

L’inquiétude vient du trafic commercial, qui peut représenter par exemple 10 à 20% du trafic d’avant crise pour une compagnie comme Air Algérie. Malgré la reprise des échanges économiques entre l’Algérie et la France, Zuhair Huawei admet qu’il y a des doutes sur l’évolution du comportement des entreprises, et est moins enclin aux déplacements de ses cadres, et parle d’une tendance à la baisse pour toutes les entreprises. Cependant, il n’est pas en mesure de les quantifier pour le moment.

Responsable de programme Air France, Oliver Peet attend aussi. Après avoir rappelé que l’Algérie est un grand pays producteur de gaz, qui génère une activité importante, il a précisé que le trafic des entreprises ne reprendrait qu’à la mi-septembre : “ Pas d’alerte, mais les ventes ne se font pas encore car elles sont généralement en retard. »

Zuhair HawawiReprésenter Général de France-Nord air Algérie, Interrogé sur la visite d’Emmanuel Macron en Algérie, il estime qu’elle peut contribuer à accélérer le développement de la coopération entre les deux pays et ainsi renforcer les échanges aériens. Un moment politique salué côté français, Jean-François Dominac, présidentASL France Airlines, Convaincus qu’il est encore possible de renforcer les relations.